L'Ecole
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Je voudrais tout d'abord faire un bilan en revenant sur mes vingt dernières années ( 1988-2008 ). J'utiliserai pour cela les résultats obtenus par mes élèves dans la salle d'informatique, sur un logiciel de mathématiques bien connu SMAO ( Soutien Mathématiques Assisté par Ordinateur ) d'une part et d'autre part sur les résultats des évaluations ( au début personnelles et ensuite nationales ). Pour simplifier je diviserai cette période en deux 1988-1998 et 1998-2008. Travail sur SMAO Durant cette première période, les résultats étaient plutôt satisfaisants sur l'ensemble des exercices. Environ 20 élèves sur 25 obtenaient des résultats bons à très bons, c'est-à-dire entre 80% et 100% de réussite. Quelques élèves ( environ 5 sur 25 ) étaient en difficulté, surtout en calcul numérique.La deuxième période a été marquée ( progressivement ) par une inversion de ces pourcentages. Environ 5 élèves ont de bons résultats et une vingtaine se trouve en difficulté. A remarquer qu'en géométrie les résultats sont relativement bons, alors que tout ce qui est numérique est devenu catastrophique. Très peu d'élèves connaissent leurs tables de multiplication et sont capables de les utiliser, par exemple, dans des exercices comportant des fractions. Quant à la division, est-il besoin de préciser "qu'en sixième elle est en cours d'acquisition". Oui, mais l'horaire de Mathématiques et le programme ne sont pas faits pour reprendre tout à zéro, ce qui serait nécessaire pour au moins la moitié de la classe. Certains diront peut-être "quelle importance ?" Les évaluations Au début, dans mon établissement, notre projet consistait à faire des groupes de niveaux par matières ( français et mathématiques ) et non par classe et cela nécessitait des évaluations en début de sixième (bien avant les évaluations nationales ). Cela aboutissait à faire 3 niveaux. Schématiquement, sur 70 élèves environ, on avait un niveau de "bons élèves" ( 28 à 30 ), un niveau de "moyens" ( un peu moins nombreux ) et un niveau avec des élèves en plus ou moins grande difficulté ( environ une quinzaine ). Les groupes étaient rarement les mêmes en français et en mathématiques et un système de "passerelle" permettait de passer d'un groupe à l'autre. Dans les faits, il y avait peu de changement, mais il arrivait quelquefois, qu'un élève ayant fait une mauvaise évaluation s'avérait être un bon élève et changeait rapidement de groupe. Aujourd'hui les choses ont bien changé. Tout d'abord, les groupes de niveau ont disparu et les évaluations nationales nous donnent chaque année environ 45% de "réussite" en mathématiques et guère plus en français. Et si on pousse un peu plus loin l'exploitation de ces résultats, il faudrait tenir compte de la façon dont se passent ces évaluations. Certains collègues, plutôt "gentils", ( quelquefois ce ne sont pas des enseignants qui les font passer ), donnent des explications, ce qui fausse le bilan, puisqu'une partie des codes concerne la compréhension de la question. Personnellement, je dis bien à mes élèves qu'il ne s'agit pas de les noter, que s'ils n'ont pas étudié telle ou telle partie du programme en CM2, il est bon que je le sache. Et il faut aussi tenir compte " des petits coups d'oeil" sur la copie du voisin. Au total, on s'aperçoit que le score réel de réussite est sensiblement plus bas. Comment en est-on arrivé là ? En conclusion, sur un groupe de 25 élèves qui entre en sixième, environ 5 élèves peuvent suivre une seconde générale au lycée, les 20 autres doivent, soit trouver une orientation différente, soit redoubler. Mon analyse A propos des évaluations, suivant le but recherché ( s'il y en a un ?), on peut leur faire dire ce que l'on veut. Personnellement, je crois pouvoir dire que les élèves d'aujourd'hui ne sont pas moins "intelligents" que dans le passé. Que se passe-t-il alors pour qu'il y ait autant d'échec ? Je ne suis pas sûr que tout le monde soit d'accord avec moi, mais il me semble, avant tout, qu'il y a un un trop grand "décalage" entre l'Ecole Primaire et le Collège. J'entends par "décalage", la quantité de travail qui doit être fournie à la maison par un élève de sixième comparée à celle demandée en CM2. Nos élèves ne savent plus ce qu'est "travailler" à la maison. Quand je leur dis "manque de travail", que comprennent-ils ? Pas la même chose que moi. Souvent, ils me répondent "mais, monsieur, j'ai appris ma leçon" et quelque part c'est vrai. Le problème c'est qu'ils ne la savent pas. Et rares sont les parents aujourd'hui, qui vérifient que le travail demandé a été fait et que les leçons sont sues. Alors, si le problème est là, à quoi bon se "décarcasser" pour trouver la bonne méthode pédagogique, le bon moyen pour se faire comprendre ( et je pense là à nos jeunes collègues, sortant des IUFM, avec quelques certitudes. Beaucoup tombent de haut ). Alors, on se rabat sur les effectifs, en trouvant qu'ils sont trop lourds. C'est sûrement vrai quand il faut faire en classe ce qui devrait être fait à la maison. Les gouvernants et les syndicats se renvoient la balle, et pendant ce temps nos élèves "trinquent". A-t-on bien analysé le problème ? Peut-on revenir en arrière ? Est-ce souhaitable ? Comment en est-on arrivé là ?
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